Archives de la catégorie les humeurs

Le bedin

 alain-bedin

Nous saluons le départ à la retraite de notre ami et collègue, Alain Bedin.

Du bassin rhônalpin aux confins de la république, nous entendons déjà les beuglements joyeux des entrepreneurs du bâtiment. Les pièces écrites brulent, la pompe à joint dégorge sa matière visqueuse dans le moindre trou et les chefs de projet seront mangés aux prochains gigots bitume, pistachés comme des sabodets.

Nous souhaitions vous faire le portrait du personnage, mais il suffit d’ouvrir le DICOBAT, fameux Dictionnaire général du bâtiment.

1/ Alain Bedin, nom propre: Directeur de travaux émérite, officiant chez CRB Architectes de 1889 à  2010, année de sa retraite.

2/ Le bedin, subst. masc. : Un directeur de travaux dit « à la bedin » doit cultiver certaines capacités afin de savoir chasser sans même un chien dans cet environnement codifié et sauvage à la fois que nous nommons le chantier:

« Les gens pensent que je ne suis pas décontracté… C’est pas parce que je gueule que je ne suis pas décontracté. »

Le regard doit être vif et en alerte, fouillant les moindres recoins, sans cesse et sans lumière, prompt à lever l’embrouille même après rebouchage et décelant toutes les nuances dans l’œil de l’entrepreneur à la foi versatile.  Celui du Bedin est bleu, franc et éclairé par la malice.  « …un compagnon barbu de cette société travaille en spartiate et sans casque » [Extrait d’un CR de chantier] 

 La langue est musclée, bien pendue et toujours humide dans la poussière. La voix doit porter et soutenir les puissants décibels d’une cabale d’entreprises, tout comme endormir les lézards sous un flot fourni de souvenirs de chasse à la bécasse ou d’anecdotes de chantier. « Moi quand je parle, je l’ai calculé avant »

L’oreille, orientable, est susceptible de capter une conversation dans toutes les dimensions : le commentaire de bout de table, la fuite annoncée ou le complot ourdi. [En plein réunion de chantier] « J’ai l’impression qu’on nous mène en bateau. Les croisières j’aime bien, mais quand ça dure trop longtemps : je m’emmerde ! » 

Le pas est sur et la foulée allongée, prêt à fondre sur la proie comme à musarder en bavardant. Le pied est lourd, fait pour écraser la pédale d’accélérateur aux aurores, terrorisant sur l’autoroute la France qui se lève trop tôt. « J’ai failli éclater la tête à un gars… Je sais pas comment j’arrive à me contrôler… 20 ans de karaté sans doute. » et surtout « Je suis un mec placide »

 Le mail, vivement dégainé après chaque réunion est abondamment distribué et en gros caractères. Sa plume est précise mais imagée, ciselée pour trancher ou cautériser les chairs de l’entreprise ; en fait, surtout pour sécuriser la périlleuse ascension de l’archi comme autant de pitons dans une falaise parfois bien friable. « Je ne suis pas un chantier, je le précède »

 Quant à la truffe, elle doit être canine, capable de pister un problème pour le débusquer dans son terrier et de renifler de très loin l’arrivée d’un orage de merde. Mais quand elle tombe, le Bedin ne craint pas le gros temps, il sort le ciré et la pelle du coffre et monte déplumer le coquelet juché sur son tas. « Le contentieux c’est le domaine de la mauvaise foi… C’est pour ça que j’y suis »

 Enfin, il y a le cœur : c’est bien lui qui à notre préférence et qui laisse une trace chez tous les acteurs du bâtiment qui auront croisé sa route, les bons comme les mauvais.

  Le Bedin a sévi, mais rien ne dit qu’il ne sévira plus.  A la première occasion, le larron pourrait reprendre du service sur les chantiers en général et les nôtres en particulier. Que nos entrepreneurs et leurs compagnons ne vendent pas trop vite la peau du cabot…

(merci à Agathe Godard d’avoir ceuilli les perles du Bedin)

3 commentaires

La manifestation des pours

affiche

Le 18 juin 2010, nous avons manifesté au coté d’ André Roibet, le maître jedi des terres de l’Est, POUR soutenir un florilège de combats des plus honorables. « C’est la première manifestation des pours, des gens qui se lèvent tôt et espèrent tard » a t-il annoncé.

 André, c’est la micheline diesel qui fera de la dernière véritable zone verte de l’agglomération lyonnaise, une vitrine des vitrines. Celle d’une agriculture équitable péri-urbaine qui dialogue avec des infrastructures régionales pertinentes au service des populations.

L’appel prenait la forme d’un défilé républicain d’engins du BTP sur la rocade Est, de Pusignan à Décines sur le site du futur OL Land ou une estrade et un jazz band attendait le discours d’André, passionné comme à son habitude, secondé par deux gars des terroirs, Pierre Priolet et Pascal Massol, et un gars du rugby de St Etienne,  Laurent Pietrocola.

 Priolet, c’est le cultivateur de pommes à Carpentras, président de la jeune association Consommer-juste, qui va défendre la condition paysanne en livrant à la palette son cœur et ses tripes sur les plateaux de télé.

Massol, c’est le président de l’Association des Producteurs de Lait Indépendants, qui a déjà deux ans de combat. Lui qui pensait que « quelqu’un allait bien s’en charger », s’y est attelé lui-même.

Les voila les nouveaux philosophes, ceux qui, les deux pieds dans la terre, ont le temps de penser et de poser leur regard sur le monde.

 Nous n’étions pas très nombreux, il faut l’avouer, à écouter ce quarteron de gaillards sur leur tribune. Mais le mot OL sur la « couverture » avait déplacé la presse. Elle écouta tout le reste.

 Entre agriculture et BTP, un couple que les dérives ont rendu stérile, André veut faire de ce territoire à l’Est un enfant prodige.  Dans la malle du gone, il y aura des fermes et des camions et nous espérons de nombreux jeux de constructions.

Nous, les architectes d’A-graph y souscrirons.

 

Enjoy.

 

Le pusigno

Wallace Space of Pusignan

, , , ,

Pas de commentaire

Une reconversion possible…

carte-de-voeux2009

C’est la crise ! Nous pensons à une reconversion possible dans l’artisanat. Evidemment que les architectes doivent être des artisans et non des intellectuels au grand chapeau noir. Le plus important est bien de mener leur oeuvre à bout. L’avenir est au « bel ouvrage » et non plus à la  « belle image ».

Pas de commentaire

Protégé : Juré pour le Grand Lyon

Cet article est protégé par un mot de passe. Pour le lire, veuillez saisir votre mot de passe ci-dessous :

Pas de commentaire